Le myhe totalitaire d'une "nature sauvage sans traces de l'homme"
C'est avec stupeur que j'ai pris connaissance des propos de Mr Stéphane Carbonnaux chargé de mission à l'association écologiste FERUS. En voici un extrait où il répond à un berger pyrénéen :
" La montagne serait-elle moins vivante si elle était moins peuplée de bergers et d'animaux domestiques et plus de bêtes sauvages? La montagne serait-elle morte si l'agriculture reculait devant la ronce, le taillis puis la forêt? Je suis de ceux qui pensent, mais surtout qui sentent que non...
Voulons-nous à l'avenir dans les Pyrénées un immense parc à moutons, vaches, chevaux et chèvres, parsemé de quelques ours tolérés parce qu'équipés de colliers...ou alors désirons-nous un retour à la normale, un réenchantement du monde, comme ces forestiers roumains qui cherchent en certains lieux à retrouver la nature d'il y a 2000 ans ?
"Un autre extrait (8 juillet sur le site de Férus)
"Un désir plus fort l'emporte. Pouvoir vivre un jour dans une nature sans trace de l'homme, la plus riche possible...n'est-ce pas un retour à la normale ?"
Quelle suffisance de l’intellectualisme pour se désolidariser ainsi de la lutte millénaire de nos ancêtres, sur tous les continents, pour lutter contre une nature hostile de friches et de ronces, afin de survivre ! « Avec leurs mains dessus leurs têtes, ils avaient construit des murettes jusqu’au sommet de la colline »
Quelle provocation, au moment où les bergers montagnards subissent «le réenchantement» des attaques de loups et d’ours !
Non Mr Carbonnaux nous ne voulons pas de votre «nature sans trace de l’homme» sanctuarisée pour les bêtes sauvages avec des montagnards « parqués» avec de jolis clochettes pour vous accueillir le week end !
Je voudrai essayer de comprendre comment de telles dérives intégristes sont possibles (il y en a aussi chez nous et nous les condamnons tout autant). Je refuse, pour ma part, les apostrophes stériles (talibans, ultras pastoraux, escrolos…) et j’espère que les commentateurs feront de même en restant sur le plan des arguments.
Mr Carbonnaux est libre de fantasmer d’une montagne remplie de ronces et de taillis ... mais ce qui me paraît grave c'est qu’il utilise le support d'une association écologiste et la notion consensuelle d'écologie pour faire passer une idéologie totalitaire qui n'a rien à voir avec la protection de l'environnement ni même avec les objectifs cohabitationistes de Férus (d'ailleurs, avec honnêteté la modératrice s’est désolidarisée de ce "dérapage" sur le site).
Beaucoup de sympathisants sincères de l’écologie seront peut-être surpris d’ apprendre que la philosophie de Mr carbonnaux n'est pas isolée dans la prose écologiste. A des degrés divers on retrouve le vieux myhe d’une nature originelle maternelle, bonne, vierge, que les hommes ont souillé une sorte de paradis terrestre recréant « l’enchantement » du monde. Cette nature est souvent sacralisée, divinisée...et l'homme est l'espèce nuisible.
Dans son livre "le Mal de Terre" le célèbre Hubert Reeves -pour qui j'ai par ailleurs beaucoup d'admiration- laisse échapper ces mots terribles :
" On peut dire, avec raison, que la terre est infestée d'êtres humains" et il ajoute une plaisanterie sinistre
"une planète en rencontre une autre
- tu sais j'ai attrapé l'humanité
- oh, moi aussi j'ai eu cette infection, mais ne t'inquiète pas, l'humanité, ça s'autodissout tout seul"
De même Yves Paccalet, disciple de Cousteau intitule son livre "L'humanité disparaîtra...bon débarras". Certes, c'est du deuxième degré mais l' inconscient n'est pas loin...on trouve des accents semblables chez N Hulot et bien d’autres.(voir dans les archives du blog l’article « qui commande au ministère de l’écologie»du 19/10/07)….)
Partant du constat consensuel que l’homme est trop souvent responsable de désastres humains et écologiques (les descriptifs jouissifs des apocalypses annoncées abondent dans la littérature écolo…) certains basculent vers le postulat que l’homme doit se soumettre religieusement aux lois d’une nature mère qui aurait toujours raison !
C’est bien là, en effet, un retour en arrière de 2000 ans dans la pensée magique !
Les théories de la décroissance, du malthusianisme, du retour au sauvage, la pensée magique plutôt que scientifique, le refus de toutes les formes du progrès…se rattachent à ces résurgences diffuses de l’obscurantisme.
Le score des partis écologistes à toutes les élections (cf1,8% aux présidentielles !) traduit, aussi, ce refus «d’idéologies troubles» et c’est bien dommage pour la noble cause de l’écologie, décidément trop grave pour être laissée aux seuls écolos autoproclamés
Un livre à lire: (j'y reviendrai sur le blog)
"Réparer la planète, la révolution de l'économie positive chez jc lattès-Becitizen 17€
Ce livre a obtenu en 2008 le prix des lecteurs lors du festival Nture et Environnement de Grenoble présidé par Hubert Reeves.
jl Grasset Le Grand charnier


